PROVINCE DU LUXEMBOURG - UNE TERRE DE GRAND FEU

SUDPRESSE

JEUDI 6 MARS 2003

 
 

Jadis, le grand feu symbolisait notamment l’amour : la passion a pris le dessus

Chaque année, le rendez-vous est sacré. Tôt le matin, les villageois ramassent branches, restes des sapins de Noël et autres déchets de jardins.

Dans un coin du hameau, ils entassent, forment un énorme bucher et, à la nuit tombante, y mettent le feu.

Cette tradition du grand feu est fortement ancrée dans nos vallées luxembourgeoises, que l’on soit du Nord ou du Sud de la province. Mais aussi dans toute la Région Wallonne.

Au 19°, déjà

Cette coutume ne date pas d’hier. Déjà au 19° siècle, ce jour d’allumage comptait parmi les grandes fêtes de l’année.

A l’époque, le grand feu pouvait revêtir différentes symboliques. Dont l’amour.

Ainsi la chute de la perche qui soutient l’édifice était fortement surveillée : en fonction de sa position au sol, elle indiquait une maison où un mariage se profilait dans l’année. Encore aujourd’hui, les derniers mariés de l’année allument le brasier. Mais un grand feu est bien plus que cela.

On lui prête également des pouvoirs beaucoup plus sournois. Par là, l’aspect purificateur est souvent évoqué par les anciens. Qui n’hésitaient pas à brûler une sorcière pour faire disparaître les mauvais sorts et maléfices.

D’autres fixaient en haut du bûcher le bonhomme hiver, histoire d’invoquer le retour du soleil, si précieux pour les récoltes à venir. A chacun sa croyance.

« La localisation du feu en un endroit élevé, la préparation, l’allumage, les rites très divers qui caractérise l’évènement, les croyances qui s’y rattachaient en marquaient l’importance dans la vie quotidienne du village » raconte Edmond Fouss, dans son livre « La Gaume, Quelques aspects de la terre et des hommes »

Retour en force

Toutefois, les grands feux se sont peu à peu éteint au fil des ans. La Première Guerre Mondiale a été fatale à cette tradition.

« L’attitude hostile d’une partie du clergé, l’évolution des mœurs, le manque d’intérêt pour le maintien des traditions que certains considéraient comme arriérées, compte pour beaucoup dans l’abandon d’habitudes ancestrales » confirme Edmond Fouss.

Mais aujourd’hui, la coutume revient en force. Et rassemble, plus que jamais d’ailleurs, les petits et grands autour du bûcher, entre joie, fête et convivialité.

CHRISTELLE THOMAS